Cambodge, l’atelier de la mémoire

Sous la direction de Soko Phay-Vakalis, coédition Centre de ressources audiovisuelles Bophana – Université Paris 8

Editions Sonleuk Thmey, 232 pages illustrées, 2010, khmer, anglais, français. Contient un DVD sur les Ateliers de la Mémoire.

25 USD

Ce livre richement illustré et le film qui l’accompagne présentent le résultat des Ateliers de la Mémoire organisés en 2009. Ces ateliers ont réuni une dizaine d’artistes cambodgiens dont les peintres Vann Nath et Séra.

Par ses ressources symboliques, l’art a un rôle à jouer dans l’élaboration du trauma collectif et dans la reconstruction d’une mémoire plus respectueuse des victimes oubliées. L’ambition des «ateliers de la mémoire» est de retravailler le passé par une création confronté aux images d’archives et aux témoignages sur les violences et crimes de masses. Face à la tragédie de l’histoire récente du Cambodge qui a connu un génocide perpétré par le régime khmer rouge, les «œuvres mémorielles» constitueraient du sens là où précisément il y a eu «acte d’extermination» et assureraient le lien entre le passé douloureux et le présent à construire, ouvrant ainsi à l’action et à la pensée un nouveau champ d’expérience et de partage.

Dans ce livre d'art, Rithy Panh et Agnès Sénémaud présentent le Centre Bophana, lieu de ressources audiovisuelles au cœur des enjeux mémorielles au Cambodge. L’accès à la mémoire est avant tout un droit, une liberté et une richesse.

Le texte de Pierre Bayard s’interroge sur la représentation du mal dans les œuvres de Rithy Panh, de Séra et de Vann Nath. Il montre que les œuvres liées à la représentation des criminels sont dominées par la notion d’« incompréhensible » : comment en vient-on à commettre des meurtres de masse ?
Soko Phay-Vakalis montre que les traces et empreintes ou les figures fantomales qui s’inscrivent ou traversent les œuvres de Vann Nath et de Séra et des jeunes plasticiens, non seulement témoignent que le passé ne passe pas, mais encore qu’il revient sous la forme d’une hantise.

Richard Rechtman révèle l’intention génocidaire des Khmers rouges, dans cette volonté d’effacer la frontière spatiale et temporelle entre les morts et les vivants. En dissimulant toute trace des tués, le mort devient envahissant pour les vivants, jusqu’à être une partie constituante de leur identité.

Anne-Laure Porée a recueilli les propos de Vann Nath et de Séra sur le travail collectif en atelier et sur les différentes approches artistiques et esthétiques, en Orient et en Occident. Grâce à leurs témoignages et à l’analyse des documents audiovisuels, ils ont pu faire connaître le passé khmer rouge aux jeunes.

Ashley Thompson souligne les perspectives qu’ouvre le travail d’anamnèse des ateliers de la mémoire au centre Bophana : des ponts entre le passé douloureux et le présent à construire, entre la mémoire et l’invention créatrice, mais également des échanges interculturels et transgénérationnels.


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